L’affront fait à un héros

Il se déroule actuellement dans la petite ville de Carquefou, un bien étrange affrontement qui dit beaucoup des médiocrités de notre époque. Il oppose la droite de la région Pays de Loire qui a décidé de donner le nom glorieux d’Honoré Estienne d’Orves au tout nouveau lycée de la ville, à une partie de l’équipe éducative de l’établissement et certains membres de la gauche locale. Comme des centaines de rues, de places à travers la France, ce lycée a donc l’honneur de rendre hommage à ce héros français fusillé par les Allemands en 1941.

Mais voilà, les enseignants soutenus par les élèves et les parents d’élèves ainsi que par les élus de gauche de la ville refusent ce choix.  Ces frondeurs ont donc décidé d’organiser un vote pour trouver une personnalité plus en accord avec leurs goûts et qui, selon eux, correspondrait au caractère scientifique de l’établissement.

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Sont ainsi sortis de ce grand vote démocratique les noms de l‘historien des sciences Michel Serres, le cryptologue britannique Alan Turing et l’astrophysicien Hubert Reeves. Des personnalités tout à fait honorables on le concède même si on suppose que sans le récent film sur sa vie, Alan Turing n’aurait surement pas traversé les esprits de la petite assemblée d’opposants. Malheureusement, dans cette ténébreuse histoire se cache en réalité une aigre tambouille idéologique bien peu honorable. Ainsi sur son blog,  Éric Thouzeau, conseiller régional du groupe Gauche démocrate et sociale, n’hésite pas à écrire face à la volonté du conseil régional d’imposer le nom du glorieux résistant : « Nous ne comprenons pas cette volonté d’imposer un nom. Est-ce parce que le grand résistant Honoré d’Estienne d’Orves était issu de la droite monarchiste ? »  Serait-ce donc les convictions chrétiennes et politiques qui pourraient gêner certains de ces révoltés de Carquefou ? On n’ose pas croire un tel sectarisme venant de gens qui, nous n’en doutons pas, les valeurs de gauche chevillées au corps, prônent au quotidien la tolérance. Et pourtant il semblerait que mourir pour défendre la France de l’occupation nazie ne soit pas suffisant pour faire oublier des idées monarchistes et chrétiennes qui décidément ne passent pas auprès de nos jeunes modernes tournés vers les sciences, la raison et l’avenir, bien loin de ces convictions probablement jugées arriérés.

Face à un tel sectarisme citons plutôt Pierre Brossolette, autre gloire de cette guerre qui écrivait avec l’esprit d’union et de fraternité malheureusement  si étranger  à beaucoup de nos contemporains : « […] Sous la croix de Lorraine, le socialiste d’hier ne demande pas au camarade qui tombe s’il était hier Croix de feu. Dans l’argile fraternelle du terroir, d’Estienne d’Orves et Gabriel Péri ne se demandent point si l’un était royaliste et l’autre communiste. Compagnons de la même libération, le père Savey ne demande pas au lieutenant Dreyfus quel dieu ont invoqué ses pères. […] »  Ne pas croire en cette fraternité possible ; c’est ne pas croire en la France.

2 réflexions sur “L’affront fait à un héros

  1. Guernico

    Je ne connaissais pas cette phrase de Pierre Brossolette, elle est magnifique. Merci de rappeler qu’un antifasciste conséquent sera toujours et avant tout un patriote.

    C’est ce que la « bêtise à front de taureau » de quelque Carquefoliens n’arrivera jamais à faire oublier.

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