First Man : Armstrong des ténèbres de la mort à la lumière de l’histoire

Une scène d’ouverture de haute volée dans l’avion fusée X-15 piloté par Neil Armstrong donne un démarrage d’une rare intensité, à First Man, le nouveau film de Damien Chazelle. Loin des pas de danse de La La Land, dans un changement de registre radical, le réalisateur franco-américain adapte magistralement le roman éponyme de James R. Hansen sur le héros de Apollo 11.

Une scène qui introduit le film dans la lignée des classiques du genre avant de s’en éloigner radicalement. First Man n’est pas réalisé sous l’angle de l’aventure collective comme l’était par exemple L’étoffe des héros de Philip Kaufman chef d’oeuvre dans les traces duquel le film marche. Damien Chazelle ne retient que l’homme du défi technologique. Il décèle les failles immenses d’un homme surdoué et qui paraît presque invincible, digne de ces héros de l’ancienne Grèce que rien ne semble pouvoir mettre à terre. Ces failles trouvent leur fondement dans une des premières scènes du film. On y voit Armstrong berçant sa fille quelques mois avant que la maladie ne l’emporte. Décès dont la douleur irréparable forme un détonateur. Une mort fondatrice qui l’amène au dépassement pour accomplir ce destin hors normes. C’est elle qui porte cet homme non pas tant pour atteindre la Lune que pour fuir la Terre, ses drames et ses douleurs. Celles de cette fille disparue puis de tous ses camarades morts dans les drames multiples qui égrenèrent tragiquement les programmes spatiaux Gemini puis Apollo.

La technologie fantastique de ces programmes spatiaux se voit dans ce film la plupart du temps de l’intérieur même de la cabine de pilotage avec un effet immersif parfaitement maîtrisé. Le travail sonore réussi à la perfection plonge le spectateur dans l’atmosphère oppressante de ces capsules qui semblent prêtes à se désintégrer à tout instant . S’y dévoile ainsi l’aspect presque artisanal et rudimentaire de ces missions spatiales, dans lesquelles l’homme est à la merci de la moindre défaillance. Elles se transforment parfois en cercueil, comme pour les spationautes de Apollo 1 morts asphyxiés à l’intérieur lors d’un test de lancement.

Jusqu’à ce jour du 20 juillet 1969, aboutissement d’une vie humaine et de la volonté d’une nation annoncée quelques années plus tôt par la voix de son président Kennedy lors de d’un discours fameux en 1962. Armstrong pose alors enfin son pied dans la poudre terne de la Lune après une scène d’alunissage qui vaut par son intensité formelle et malgré sa simplicité technique tous les effets spéciaux de la superbe coquille vide qu’était un film comme Gravity, autre modèle du genre. Ces pas mémorables dont tout le monde connait les images, vues en direct par des centaines de millions d’êtres humains deviennent alors en vue subjective un moment à l’intimité bouleversante dans le silence glacial de cette astre si proche et si lointain. Les ténèbres des paysages lunaires peuvent effacer ceux qui l’habitent depuis la mort de sa fille et le nom de Neil Armstrong entre alors dans la lumière de l’histoire de l’humanité.

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