Michel Goya, la voix des vainqueurs

Michel Goya, ancien colonel des troupes de Marine est un homme nécessaire dans l’univers militaire d’aujourd’hui. Son blog, La voie de l’épée abrite les écrits sur la stratégie militaire et l’histoire de l’Armée française parmi les plus lucides et pertinents de notre pays. Son dernier livre Les vainqueurs aux éditions Tallandier revient sur l’année décisive 1918 et sur le rôle primordial de l’Armée française dans la victoire.

On nous l’apprend sur les bancs de l’école, en 1917, les Français attendaient les chars et les Américains pour remporter la victoire. Si les troupes américaines furent un renfort salutaire pour renforcer la ligne de front et redresser le moral en berne de Français usés par trois ans de guerre, les hommes de l’Oncle Sam n’eurent pourtant qu’une part mineure dans la victoire finale de 1918. C’est ce que démontre admirablement le livre de Michel Goya. Voilà l’intérêt premier de ce livre qui décrit avec la minutie de l’officier supérieur les opérations de cette dernière année de guerre. Ces jours tragiques au cours desquels les Alliés de l’Entente ne furent pas loin de la défaite alors que l’Armée allemande libérée à l’Est par le traité de Brest-Litovsk peut amener une grande partie de ces troupes sur le front occidental. L’objectif de Berlin étant d’obtenir une victoire décisive avant la montée en puissance des troupes américaines : « Le corps expéditionnaire américain, s’il est destiné à devenir l’armée la plus importante du monde à l’été 1919, n’est encore longtemps qu’une collection de divisions dont l’ardeur des combattants compense l’inexpérience. »

Repéré par l’Etat-major allemand comme le point faible du front ouest, le BEF (British expeditionary force) le corps expéditionnaire britannique est la cible de l’offensive du printemps 1918 des casques d’acier germaniques. Les Anglais, malgré leur grande combativité, n’ont pas atteint le niveau de polyvalence et d’expertise du commandement français et de leurs troupes. Après trois années de résistance, les généraux du kaiser Guillaume II ont appris à se méfier de l’Armée française. Les troupes françaises, au cours du plus grand effort de l’histoire militaire de ce pays ont déjà subi la mort de plus d’un million de combattants à l’aube de cette dernière année de guerre, mais ont entamé une montée en puissance exceptionnelle développant des capacités de transformation et de sophistication inégalées. L’expérience acquise par trois années de guerre, les nombreux retours d’expérience d’un commandement – qui n’est pas composé que de bouchers comme la propagande antimilitariste l’assène aujourd’hui encore -, l’augmentation inouïe des capacités de production de l’industrie alors qu’une partie du pays est occupée, ont fait de l’Armée française la plus puissante et la plus mobile du conflit. C’est cette mobilité et cette résilience qui vont permettre aux Alliés d’encaisser le choc face à l’offensive d’Allemands qui possèdent 25 divisions et 310 000 hommes de plus au déclenchement de leur offensive du Printemps. Une supériorité qui leur permet d’enfoncer les lignes britanniques dans les Flandres et autour d’Amiens.

Face à ces brèches dramatiques qui mettent Paris à portée des canons longues portées, c’est la capacité de manœuvre rapide permise par une motorisation des régiments français ajoutée à l’installation de véritables rocades de circulation à l’arrière du front qui permettent au commandement français de manœuvrer avec rapidité. Les régiments de Poilus se transforment en rustines d’un front crevé à de nombreux endroits. Situation d’autant plus menaçante que les Américains sont loin d’être encore opérationnels et que la France est encore chargée d’encadrer et d’équiper leurs premiers régiments débarqués.

Si le sacrifice des troupes britanniques est alors indéniable, ce sont toutefois les Français qui arrêtent la ruée allemande par le prix d’un ultime sacrifice avec près de 500 000 hommes mis hors de combat. Le rouleau compresseur allemand est stoppé à 100 km de Paris avant d’entamer sa retraite. L’offensive change de camp. En juillet, l’Armée française, soutenue par les Anglais que des renforts ont régénérés et des Américains enfin prêts au combat, peut lancer à son tour les grandes offensives. Des attaques menées avec l’aide des chars à l’effet de rupture et des innovations tactiques moins coûteuses en hommes face à une Armée allemande sur le point de céder. Ajoutons à cela l’offensive franco-serbe de la tristement oubliée armée d’Orient, pourtant décisive dans les Balkans. Celle-ci entraîne la capitulation bulgare puis l’effondrement de l’empire austro-hongrois contraignant le kaiser a demandé l’Armistice du 11 novembre.

Six mois d’opérations que Michel Goya décrit en détail avec l’œil du militaire et le style clair et précis de l’officier appuyé dans son exposé par certaines cartes utiles à la compréhension même si malheureusement insuffisantes. On regrettera toutefois le choix volontaire de ne pas aborder le volet politique si riche de cette dernière année de guerre que l’intégral des livres sur la Grande Guerre de Jean Yves Le Naour paru chez Perrin aborde lui avec brio. Il peut former ainsi un bon complément à cet ouvrage. Le passionné d’histoire militaire sera toutefois conquis par le livre de Michel Goya. Il redonne un peu de leur victoire à ces Poilus alors que le centenaire du conflit vient de s’achever. Des commémorations qui insistèrent sur la paix dont nous profitons aujourd’hui, mais qui semblèrent oublier qu’il y a cent ans, les Poilus avaient aussi gagné une guerre. Comme écrit dans ce livre : « les grands vainqueurs de la Première Guerre mondiale, ce sont bien, encore une fois et avant tout, les soldats français. » Ne pas l’oublier est probablement le meilleur hommage que l’on doit à cette génération sacrifiée pour défendre notre pays.

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