Dans la fournaise de la cathédrale des sables de Bir Hakeim

Bir Hakeim n’incarne, aujourd’hui, pour beaucoup de Français qu’une station de métro au nom à la sonorité exotique. Cette bataille, au milieu désert libyen, fut pourtant décisive dans le relèvement de la France, commencé un 18 juin 1940 par le général de Gaulle. La cathédrale du désert, livre de François Broche publié chez Belin est un hommage à ce premier combat victorieux des hommes de la France libre. Un groupe d’hommes qui affronta en juin 1942, durant près de quinze jours, le redoutable Afrika Korps du renard du désert, le général Rommel. 

Que le lecteur qui cherche un ouvrage stratégique passe son chemin. Il n’y trouvera pas de descriptions minutieuses des stratégies des belligérants. Si les opérations françaises sont plus détaillées, celles du coté allemand sont survolées. Ce manque d’analyse stratégique est regrettable d’autant plus que cette bataille opposa, Rommel et Koenig, deux généraux parmi les plus brillants de la Seconde Guerre mondiale. Certains passionnés de la chose militaire pourront ainsi rester sur leur faim ou pourront compléter cette lecture avec une parution récente, La guerre du désert des éditions Perrin.  Une fois mis cela de côté, se révèlent de très belles qualités à ce livre très personnel puisque le père de l’auteur, le lieutenant colonel Félix Broche est tombé frappé par l’artillerie allemande au cours de la bataille. Son fils, avec l’appui de très nombreuses et riches sources, entreprend ici un récit à hauteur d’homme.  De chapitre en chapitre, sur un rythme haletant, il nous fait parcourir la ligne de front au plus près des soldats. Si la vision d’ensemble est délaissée, elle est compensée par la minutie dans l’étude des individualités souvent hautes en couleurs de ces Français libres.

Félix Broche tué le 9 juin 1942
Félix Broche tué le 9 juin 1942

On y découvre ainsi un  grand nombre de très beaux portraits. Des hommes venus de France, mais aussi de tout l’empire colonial pour servir cette cause initiée par le général de Gaulle. La restitution littéraire de l’esprit de ces soldats  est la plus grande réussite de cet ouvrage. Se révèle alors le caractère de cette petite troupe hétéroclite devenue l’honneur de la France. Sous le même drapeau tricolore à croix de Lorraine servirent sous le soleil aride du désert des hommes rassemblés, au delà de leurs différences, par un même désir de combat. Que ce soit le lieutenant colonel Dimitri Amilakvari, d’ascendance géorgienne, ou encore Félix Broche, père de l’auteur et le chef de la compagnie des soldats tahitiens, ou bien encore Susan Travers, conductrice anglaise et maîtresse de Koenig, héroïque au volant de la voiture de commandement… Tous sont réunis par le patriotisme ou, pour les étrangers de la Légion étrangère, par cet idéal de liberté que représente la France. Chacun animé par le désir de déchirer le voile noir de l’occupation allemande. L’auteur, avec un grand sens du récit, rend parfaitement l’atmosphère d’exaltation de ces hommes puis leur détermination froide une fois le combat commencé. Ils firent ainsi de ce petit îlot défensif au sud du port stratégique de Tobrouk une citadelle imprenable. Ils tinrent la position le temps nécessaire aux Anglais pour reconstituer leurs lignes et permirent la victoire d’El Alamein, décisive en Afrique du nord.

La capacité de résistance de ces hommes suscita l’admiration du monde entier et de nombreux Français occupés qui gardaient l’espoir. Tous comprirent alors que l’armée allemande n’était donc pas invincible. Après quinze jours de résistance, le général Koenig ordonna une sortie qui permet à ses soldats de quitter la fournaise et de retrouver les lignes anglaises. Apprenant la nouvelle de ce succès, le général de Gaulle ne put retenir des larmes. La France retrouvait son honneur et revenait dans le jeu des nations. Elle le devait à ces hommes de cette « cathédrale assiégée ». Rommel leur rendit cet hommage qui dit tout de la valeur de ces soldats : « Sur le théâtre d’opérations africain, j’ai rarement vu combat plus acharné. »

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