Quelques-uns de nos coups de cœur de lecture de 2021

Alors qu’une nouvelle année commence, la rédaction de Vivre l’Histoire vous livre certains de ses coups de coeur de lecture lors de l’année 2021.

Infographie de la Révolution française de Jean-Clément Martin et Julien Peltier aux éditions Passés Composés (2021)

Après la remarquable Infographie de la Seconde Guerre mondiale des éditions Perrin, un autre éditeur, Passés composés, a pris ce créneau d’un genre qui renouvelle profondément l’étude des périodes historiques analysées. L’éditeur a confié à Jean-Clément Martin, un des meilleurs spécialistes de la période révolutionnaire, la charge de cette tâche de rendre plus claire une des périodes les plus complexes de l’histoire de France par le biais d’infographies, d’illustrations, de graphiques et d’organigrammes. Le pari est brillamment réussi et le travail effectué s’avère remarquable. Un outil pédagogique qui devrait intéressé les passionnés mais aussi être particulièrement utile comme support pédagogique pour de nombreux professeurs. La période révolutionnaire se prête toutefois moins à l’exercice que celle de la Seconde Guerre mondiale dont la masse de données concernant l’armement et les théâtres des opérations permettait une meilleure utilisation de cet outil visuel.

Le Corps du roi de Stanis Perez aux éditions Perrin (2018)

Paru en 2018, aux éditions Perrin, Le Corps du roi, de l’historien Stanis Perez fait d’ores et déjà date et mérite sa place dans toutes les bibliothèques des amateurs d’histoire. Cet ouvrage propose de décrypter, textes d’époque à l’appui, le rapport au corps charnel des rois de France de Philippe Auguste à Louis-Philippe. Professeur agrégé et docteur en histoire, Stanis Perez est un spécialiste de l’histoire de la médecine et c’est avec la précision et la rigueur d’un praticien qu’il mène son ouvrage à travers les siècles.

Que mangeaient nos souverains, quel rapport entretenaient-ils à leur corps, à leur santé, à leur allure, leur poids ? Comment étaient abordées les défaillances de ce corps sacré et thaumaturge, enveloppe charnelle du lieutenant de Dieu sur terre ? Que faire d’un roi malade, fou, gâteux, mélancolique alors que les affaires du royaume requièrent toute l’attention de son souverain ? Toutes ces questions trouvent leur réponse sous la plume de Stanis Perez, reposant sur une bibliographie riche, et aux citations en vieux françois, s’il-vous-plaît.

N’hésitez pas à parcourir le reste de la production littéraire du professeur Perez, qui a consacré un volume similaire à celui présenté au corps de nos reines, ainsi qu’une brillante étude (plus universitaire cependant) sur la naissance et la petite enfance à la cour de France.

Louis XIII de Jean-Christian Petitfils aux éditions Perrin en collection Tempus (2014)

A la suite de la sortie retentissante de la nouvelle biographie d’Henri IV de Jean-Christian Petitfils, les éditions Perrin ont pris l’initiative salutaire de rééditer, dans la foulée, celle de son fils, Louis XIII (1601-1643), du même auteur, et ce, au format poche (collection Tempus) et en un seul volume au lieu de deux. Le tout fait 1054 pages mais il ne faut pas en avoir peur. Le talent de biographe de Jean-Christian Petitfils n’est plus à démontrer. En France, peu d’historiens peuvent se targuer d’une telle profusion doublée d’une capacité hors norme de vulgarisation. C’est bien simple, nous lui devons à ce jour les biographies, inégales, de nombreuses têtes couronnées comme Henri IV, Louis XIII, Louis XIV, Louis XV, Louis XVI, de Marie-Antoinette, mais aussi du Régent, de Madame de Montespan, du duc de Lauzun et de Fouquet. C’est bien simple, tout y est pour comprendre et réhabiliter le règne de Louis le Juste, trop souvent écarté des grands moments de l’histoire de France. Des prémices de l’absolutisme à l’avènement du jeune Louis XIV, sous l’aile protectrice de Mazarin, tout le règne du roi et la société de son temps sont brillamment passés au crible pour une compréhension globale et accessible des enjeux d’une époque qui est restée trop longtemps à l’ombre de l’ère du roi Soleil.

Regards sur le Moyen Âge de Sylvain Gouguenheim chez Tallandier, (2009)

Publié un an après son célèbre Aristote au Mont-Saint-Michel, Les racines grecques de l’Europe chrétienne (Ed. du Seuil, 2008), ouvrage dont la thèse – le rôle prépondérant des monastères chrétiens dans la transmission des savoirs grecs antiques à l’Occident médiéval – avait suscité des procès en « islamophobie » de la part d’un certain milieu médiatique et universitaire, Regards sur le Moyen-Âge rassemble une quarantaine de textes qui proposent, chacun, une présentation et une analyse concises d’un sujet propre à l’ère médiévale.

Réunis par thématiques (Le pouvoir, le travail, la mémoire etc.), ces esquisses offrent une « initiation sélective » aux connaissances historiques actuelles sur dix siècles d’histoire « que plus personne n’imagine immobiles ou de simple transition », pendant lesquels les structures politiques, les représentations religieuses, les imaginaires collectifs et les territoires de nos sociétés se sont forgés. Chaque chapitre est utilement enrichi de références bibliographiques qui complètent et précisent les sujets abordés, de sorte à ouvrir la lecture sur un vaste horizon de recherches historiques sélectionnées pour leur qualité et leur facilité d’accès.

L’attrait de l’ouvrage réside donc dans sa richesse, sa clarté et dans l’indéniable effort didactique de l’auteur pour apporter au lecteur, averti ou non, les jalons nécessaires à la compréhension d’une époque longue, complexe, féconde. Les passionnés y trouveront un brillant et foisonnant condensé d’histoire médiévale.

Charles le Téméraire, Maurice Brion chez Tallandier collection Texto (2014)

La figure de Charles de Bourgogne dit « Le Téméraire » (1433-1477), quatrième et dernier des ducs de Bourgogne de la maison de Valois, semble avoir connu un regain d’intérêt éditorial au début du XXIème siècle : après la biographie que lui a consacré Henri Dubois en 2004 (Charles le Téméraire, Fayard) et celle en trois tomes écrite par l’historien québécois Yves Beauchemin et parue outre-atlantique entre 2004 et 2006 (Charles le Téméraire, Editions Fides), est paru en 2015 le bel ouvrage de Georges Minois (Charles le Téméraire, Ed. Perrin, 2015).

C’est dans ce contexte qu’est reparue en 2006 la biographie écrite par l’académicien Maurice Brion en 1947. Certes cette dernière n’a pas la qualité universitaire de sa contemporaine, celle de l’historien belge John Bartier publiée en 1944 et saluée par Lucien Febvre dans les Annales, en 1947, comme un livre « sérieux, solide et mûri ». Mais voilà, le Charles le Téméraire de Maurice Brion a les qualités de ses défauts et réussit à transmettre, à travers la chronique certes romantisée d’une vie courte et flamboyante, la densité  et la complexité de son sujet.

Décrit comme flamboyant et réfléchi, colérique mais patient, Charles de Bourgogne apparaît sous la plume de Maurice Brion plus complexe que le butor ou le prince féroce que l’historiographie a longtemps retenu, alimentée par des chroniqueurs contemporains ambivalents (Philippe de Commynes, notamment). Représentant d’un ordre féodal menacé par les desseins de Louis XI, habité  par son rang de « Grand Duc d’Occident » et obnubilé par son « rêve lotharingien », celui d’un royaume bourguignon indépendant entre France et Saint-Empire allant de Mâcon à Amsterdam, Le Téméraire est dépeint comme le personnage d’une tragédie. Une approche grandiloquente, facile peut-être, mais éminemment vivante et plaisante.

L’épopée des croisades de René Grousset chez Perrin collection Tempus, (2017)

Deux siècles d’une histoire incontournable dans la compréhension de l’Occident médiéval et de l’Orient islamique, racontés comme une épopée : c’est ce qu’offre ce classique de René Grousset, paru initialement en 1939, dont la lecture est aussi fluide qu’instructive.

Synthèse d’une monumentale Histoire des Croisades et du Royaume Franc de Jérusalem, parue en trois tomes entre 1936 et 1939, cet ouvrage offre une histoire claire et précise des neufs croisades qui, de la prédication d’Urbain II en 1095 à la chute de Saint-Jean-d’Acre en 1291, ont façonné le monde méditerranéen. Dans son contexte historique, avec ses acteurs brillamment dépeints, chaque croisade est l’occasion pour l’auteur de présenter les enjeux géopolitiques de ce Moyen-Âge central où empires établis et royaumes en formation se disputent la prépondérance politique et l’autorité religieuse, en Occident comme en Orient.

« Il nous faut entrer dans une pensée du temps où la bataille de Poitiers et les Croisades sont beaucoup plus proches de nous que la Révolution française et l’industrialisation du Second Empire », avait écrit René Girard en 2007, dans son épilogue d’Achever Clausewitz intitulé « À l’heure du péril ». L’Epopée des croisades, par son récit érudit d’événements fondamentaux mais méconnus, rappelle au lecteur l’arrière-plan historique d’antagonismes civilisationnels anciens. C’est une lecture passionnante, indispensable.

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