Camille Pascal embrase la Régence

Après la révolution de 1830 et le règne de Louis XV, Camille Pascal, dans L’air était tout en feu (Robert Laffont), déroule à nouveau la bobine du temps. Le voici qui tisse l’intrigue de son nouveau roman autour des jeux de pouvoir qui se jouent sous la Régence de Philippe d’Orléans. Le romancier dresse ainsi son établi littéraire au sein des salons de la Régence immortalisés au cinéma par l’inoubliable Que la fête commence de Bertrand Tavernier. Difficile, depuis ce chef d’œuvre, lorsque l’on évoque ces années de ne pas penser à l’inoubliable Philippe Noiret en Régent, campant avec une élégance triste ce prince conscient de vivre les dernières lueurs d’un monde qui s’éteint. Le roman, comme le film de 1975, forme un réjouissant reportage romanesque croisant la réalité historique et la fiction.

La duchesse du Maine

Le romancier est, comme toujours, à son aise dans ces boudoirs aux murmures conspirateurs et au coeur des antichambres du pouvoir lors de ces moments d’histoire, riches en complots intérieurs et extérieurs. Après 72 ans de règne, la mort du Roi-Soleil attise les braises trop longtemps étouffées des ambitions d’une cour longtemps enchaînée par le monarque absolu. Comme le disait le Général de Gaulle qui craignait à propos de sa succession politique plutôt le « trop plein » que le « vide », la Régence voit le réveil des ambitions des grands du royaume. Des prétentions qui avaient transformé, lors de la Fronde un siècle plus tôt, le royaume en champ de manoeuvres pour grands seigneurs en mal de pouvoir.

En ce début de Siècle des Lumières, l’histoire donnant raison à Marx et se rejoue non pas « en tragédie »  mais « en farce » selon son mot célèbre. Une comédie qui se joue cette fois avec la petite fille du Grand Condé, la duchesse du Maine, en premier rôle d’une scène de complot mené par une troupe de pieds nickelés en bas de soie. La princesse rêve de mettre sur le trône son époux, le falot duc du Maine, bâtard légitimé du Roi-Soleil. Femme d’esprit éprise d’action, l’ambitieuse va jouer un jeu pour lequel elle n’est pas faite. Les dès de la conspiration de Cellamare sont jetés. Ce nom restera dans l’histoire comme l’ubuesque intrigue politique et diplomatique dans laquelle la duchesse a tenté maladroitement de renverser le Régent avec la complicité de l’Espagne. 

Une cabale de cour qui fait le miel de Camille Pascal qui n’aime rien tant que narrer au rythme d’une charge de hussards ces révolutions de palais et moments de bascule de l’histoire. L’écrivain les restitue avec virtuosité dans une langue foisonnante et des dialogues toujours piquants. Cette diatribe de la princesse Palatine à l’encontre de madame de Maintenon en illustre bien la verve  : « Cette vieille ripopée, cette guenon, cette garce, cette hypocrite, cette putain infernale, la veuve Scarron qui allait en crever de rage dans son refuge de Saint-Cyr… » Une fois le livre terminé, on se prend à espérer une adaptation cinématographique ou télévisée des ouvrages de Camille Pascal afin de rehausser la production française de sujets historiques qui vient de nous livrer encore récemment un navrant Diane de Poitiers. L’histoire de France mérite mieux et le brio de Camille Pascal lui fait, quant à lui, toujours honneur.

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