Le général de Gaulle à l’honneur sur France Télévision

Au mois de novembre 2020, France 2 a proposé à la télévision et en « rattrapage » (comme disent nos cousins québécois) une série en six épisodes consacrée à l’homme du 18 juin : De Gaulle, l’éclat et le secret, réalisée par François Velle, courant du début de la guerre en 1940 à sa mort en 1970.

L’épopée de Charles de Gaulle est connue de tous mais rarement l’intimité et l’énergie du Connétable n’auront été aussi bien dépeinte à l’écran. En effet, l’émotion et la grandeur sont au rendez-vous sur France 2 pour l’anniversaire de la mort du Général. Rarement hommage aura aussi bien été rendu au fondateur de la Ve République dans ce pays qui a tant de mal à regarder son passé droit dans les yeux. Pourtant, preuve en est que c’est tout à fait possible, et ce, sans moyens démesurés. Pour une fois, hommage est rendu à la France, sans ambiguïté.

Cela commence avec une interprétation hors du commun. Dans L’éclat et le secret, Samuel Labarthe endosse magistralement l’uniforme du général De Gaulle pour nous faire vibrer dans ses moments de doutes, d’espoir et, bien sûr, de triomphe. Quand on sait l’implication de l’acteur (qui passait près de trois heures chaque jour à se faire maquiller) on ne peut que saluer le résultat saisissant méritant tous les honneurs. Tout au long des six épisodes, c’est bien le souffle de l’Histoire que l’on sent au fond du cœur à travers la vie de ce couple, de cette famille dont on (re)découvre les liens si forts.

Le tour de force de cette série ? Plonger sobrement et efficacement dans l’intimité du Général. L’emphase, mise sur ses moments de doute et de solitude qui le tiraillent sans cesse, est définitivement réussie. Un grand homme n’est pas un homme sans faiblesse. L’importance que joua sa famille est bien retranscrite avec, en-tête, une Yvonne de Gaulle (interprétée avec brio par Constance Dollé) lumineuse, inquiète mais toujours présente pour son grand Charles sur qui elle veille à chaque instant.

Samuel Labarthe et Constance Dollé, dans leur personnage sur le perron de l’Elysée, dans la série.

Quel plaisir que de rencontrer des personnages si bien interprétés  justement : Yvonne, donc, Malraux, Churchill, Pompidou. Mention spéciale à l’interprétation tout à fait convaincante et très ressemblante de Francis Huster qui a su relever le défi en interprétant un André Malraux fidèle et dévoué à son mentor. On s’y retrouve, c’est fluide et le jeu est bon. Faisons un écart cependant pour ce qui est du personnage de Philippe de Gaulle (Pierre Rochefort) : il est trop transparent et ne fait que passer ; et pour un Peyrefitte, aussi, que j’attendais, il est tout bonnement sabordé par un Christophe Barbier, au mieux ridicule, au pire singeant son personnage dans un costume croisé qui ne lui va même pas. Dwight Eisenhower, enfin, est tout bonnement caricatural en commandant suprême des forces alliées accédant, sans sourciller et dans une bonne humeur exagérée, aux demandes du Général, sous une tente de campagne, entre deux combats pour la libération du territoire métropolitain. 

Yvonne et Charles de Gaulle à Grenoble en 1968, colorisée.

Malgré ces quelques déceptions, tout est là pour faire de cette série une production de bonne facture : le ton, les voix, les costumes, la lumière… On ressent néanmoins quelques faiblesses au niveau de la musique et des moyens financiers (pour ce qui est des lieux, peu nombreux, et des décors). Je pense aussi à la ritournelle du générique qui a tendance à passer en boucle voire à meubler péniblement les transitions. La fin de la série traîne quelque peu en longueur, tandis que les ellipses peuvent se révéler parfois brutales – je pense notamment à celle qui fait passer le téléspectateur de 1948 à 1958 en un bond abrupt, sautant ainsi les années de traversée du désert du Général en une seconde de fondu enchainé. Tout cela ne parvient pas à masquer la qualité de la production finale.

Pour ce qui est du contenu, attendez-vous à un centrage serré sur la vie du Général, rien de plus. Pas d’Afrique du Nord (pendant la guerre), pas d’Algérie (ou presque) ensuite, la IVe république est invisible, pas de RPF, pas d’atome ni de politique stratégique. Rien qui évoque la politique du premier président de la Ve république avant ou après son accession à la fonction suprême.

Il y a tant de place, aujourd’hui plus que jamais, pour des séries et des films dédiés aux épopées françaises et, a fortiori, à nos grands hommes. Il est malheureux et incompréhensible de ne pas en voir plus sur nos écrans. La faute probablement à des producteurs frileux et aveuglés, à l’écœurement, par leur idéologie. Pourtant, il est clair que le public est là pour de telles productions. Allons plus loin ; il est aujourd’hui possible d’avancer que les Français attendent cela. Le monopole de la grandeur cinématographique ne doit pas être abandonné à Cannes et à Hollywood, sommets désarticulés d’un mondialisme stérile. La France a inventé le 7e art, elle doit y reprendre sa place au lieu de rêver d’égaler l’Amérique ou de ressasser ses gloires cinématographiques passées. Si, comme l’a dit le Général, la France ne peut être la France sans la grandeur, alors elle ne peut l’être sans un grand cinéma.

Le parasite identitaire qui ronge actuellement le milieu du cinéma doit être remis à sa place : c’est à dire dans les bordures extérieures. Ce parasite qui ne reconnaît rien et ne respecte personne. Un parasite aveugle face à ses propres plaies purulentes, que sont les agressions sexuelles et les viols dans ses rangs, et en vient même à les taire tout en assumant de plus en plus tranquillement un racisme tout azimut maquillé sous un vernis antiraciste de plus en plus fin. Ce mal qui ronge, gagne même le service public, à la radio comme à la télévision, pourtant si cher au Général. Cela ne peut plus durer. C’est la raison pour laquelle il faut soutenir des œuvres comme L’éclat et le secret

PS: Afin de prolonger son expérience gaullienne, j’invite le lecteur curieux à également se tourner vers le documentaire Arte : De Gaulle, le géant aux pieds d’argile.

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